Quel est le coût d’opportunité de l’adossement à la recherche ?


Quand on pense recherche, on pense coût et retour sur investissement. Or dans l’enseignement supérieur, l’adossement à la recherche (que nous écrirons AR dans le reste de l’article) n’est pas qu’une question de rentabilité immédiate facilement quantifiable. Pour autant, peut-on raisonnablement estimer le coût d’opportunité de l’AR ? A cette question, en fonction de la situation d’un établissement, la réponse ne sera pas nécessairement si évidente. Sur les gains directement visibles, nous chercherons à y répondre en nous intéressant plus spécifiquement aux établissements aujourd’hui non adossés à la recherche qui se posent la question de franchir le pas de l’AR avec une logique de progressivité comme cela se fait dans le cadre d’un projet de diplôme visé (VISA).
Coûts
Comment quantifier l’intégralité des coûts de la recherche ?
Les chiffres et ratios présentés ont été volontairement simplifiés en cherchant à prendre la moyenne des pratiques rencontrées. Chaque établissement pourra, le cas échéant, prendre en compte des chiffres correspondant à ses propres contraintes de rémunération et incitations.
Nous y identifions 2 grandes types de coûts de l’AR :
- Formation
- Etablissement
Au sein de la formation, il y a les coûts de l’AR directement liés aux éléments suivants :
- Recherche (temps de recherche)
- Enseignement
- Responsabilités administratives notamment responsabilités académiques
Au sein de l’établissement, le soutien à la recherche de l’établissement se matérialise via :
- Accompagnement de la stratégie de recherche de l’établissement
- Conseil scientifique
- Budget propre dédié à la recherche
- Personnel d’appui à la recherche
Ce budget recherche de l’établissement augmente de façon légèrement plus que proportionnelle avec la croissance du nombre d’étudiants, notamment par année de formation adossée à la recherche.
Impact positif
Avec tous les avantages d’un établissement gagnant en visibilité et crédibilité grâce à l’AR et encore plus pour la formation concernée, les opportunités sont très nombreuses :
- Opportunités nouvelles (intégration Parcoursup ou monmaster, visa pour les étudiants internationaux)
- Logique qualité / labellisation / accréditation favorisant l’intégration d’un groupe d’écoles davantage reconnues sur le marché face à la concurrence
- Diversification de l’offre de formations de l’établissement avec une formation type PGE – la locomotive de l’établissement
- Hausse de la crédibilité auprès des acteurs socio-économiques et politiques locaux (retombées de la diffusion de la recherche)
- Faciliter le taux d’insertion pro
- Hausse du nombre d’étudiants
Calcul du coût d’opportunité
Scénario par formation
En agrégeant l’ensemble des coûts identifiés liés à l’AR de façon directe ou indirecte pour une formation avec près de 30 étudiants en moyenne par année que ce soit un bac+3 ou un bac+5, le surcoût est de près de 100 000€ par formation (100 000€ pour les 3 années de niveau Bac+3 et 100 000€ pour les 2 années de niveau Bac+5). Une partie des surcoûts est absorbé par l’établissement (environ ¼ et cela n’est pas illogique car l’ensemble de l’établissement doit bénéficier de l’AR).
Pour un niveau Bac+5 (VISA/Grade), le surcoût ne peut être absorbé que si l’établissement bénéficie au global de l’AR. Généralement, c’est grâce au niveau bac+3 qui accueille des cohortes de plusieurs groupes TD que l’établissement peut supporter l’AR. Au niveau master, l’idée est d’arriver à l’équilibre (au mieux) quand au niveau bac+3 (visa/grade), il est possible de faire une « marge » et de « subventionner » davantage la recherche. Ainsi il y a une logique de locomotive via une telle formation.
Les 100 000€ correspondent à 10 à 15 étudiants en règle générale par formation. Chiffre atteignable pour une formation en 2 ou 3 ans, soit respectivement 5/8 à 3/5 étudiants par année. Cela n’intègre pas l’ensemble des coûts unitaires par étudiant mais nous sommes dans ces ordres de grandeur.
Pour toutes ces raisons, accueillir davantage d’étudiants et pas simplement 3 à 5 en plus par année pour un niveau bac+3 (VISA/Grade) est largement atteignable sur 1 voire plusieurs campus fonctionnant avec la même maquette et les mêmes exigences académiques. De fait, l’enjeu est de pouvoir accueillir 1 groupe TD supplémentaire par année de formation.
Scénario étendu
Cas d’un établissement disposant déjà de plusieurs formations pour accueillir année n-1 de 500 étudiants avec 10 formations de niveau BAC+3 et BAC+5. Le passage au diplôme visé pour son bac+3 lui permet d’accueillir 10 étudiants supplémentaires l’année 1 en 1e année, encore 20 supplémentaires l’année suivante en L1, soit à terme un groupe TD supplémentaire sur les 3 années. C’est ce scénario idéal et pour autant qu’un certain nombre d’établissements atteignent dans un contexte post-accréditation qui permet d’envisager ce groupe TD supplémentaire et d’amortir aisément les 100 000€ de « surcoût » de l’AR. La hausse des effectifs pourra même permettre d’embaucher un nouvel enseignant-chercheur et d’adosser à la recherche d’autres formations dont 1 à plusieurs Bac+5 afin de proposer des formations locomotives d’autant plus attractives sur l’ensemble des 5 années dans une logique PGE (Programme Grande Ecole).
Nous avons détaillé les coûts et la rentabilité dans un document Excel en prenant en compte l’ensemble des coûts formation et établissement d’AR en fonction des scénarios.
Ce document tel un tableau de bord permet de s’adapter à la situation de chaque établissement et d’évaluer le coût d’opportunité.
Ainsi le statut quo, c’est prendre le risque de réduire sa capacité de recrutement à venir et de diminuer le nombre d’étudiants dans un contexte de raréfaction des financements de l’apprentissage et une diminution prévue à long terme du nombre d’étudiants du fait de la dénatalité.
Tous les établissements d’enseignement supérieur ne sont pas voués à être adossés à la recherche. Toutefois avec le développement tous azimuts de l’apprentissage dans le supérieur, l’AR n’a pas été questionnée pour certains établissements qui pourraient légitimement développer une vraie stratégie au bénéficie de leurs formations, étudiantes et étudiants et partenaires, et plus généralement pour la dynamique de la recherche française et internationale.
La stratégie d’AR est une stratégie de long terme avec des bénéfices visibles pour l’établissement (qualité / image de marque / hausse des effectifs) et des bénéfices non visibles pour l’environnement de l’établissement (effets indirects).
L’article complet détaille l’ensemble des coûts, les définitions et de nuancer davantage les propos (coûts cachés et contraintes associées).
Vous souhaitez explorer cette question de l’adossement à la recherche (AR) et/ou en savoir plus avec l’article complet, les calculs et le tableau de bord ayant permis d’obtenir ces chiffres, contactez-nous !
Olivier Macé
Directeur d’Optimum Education
06 68 31 24 61



